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La Machine Infernale en 1693

La France soutenait depuis cinq ans une lutte victorieuse contre la coalition européenne connue sous le nom de Ligue d’Augsbourg, dont l’âme était le Prince d’Orange, devenu Guillaume III, roi d’Angleterre. Les sujets de Guillaume avaient particulièrement à se plaindre de Saint-Malo, dont les intrépides corsaires désolaient horriblement la marine et le commerce des Anglais.

Pour s’en venger, ils voulurent détruire cette place, et il s’en fallut d’un cheveu qu’ils ne réussissent. Peu de villes au monde ont couru pareil danger ; celle-ci même, si audacieuse, si souvent menacée, ne fut jamais si près de sa perte.

Le 26 novembre 1693, une flotte anglaise de trente à quarante voiles vint mouiller devant Saint-Malo : dans ce nombre dix vaisseaux de ligne de 50 à 60 canons, des frégates de 20 à 30, des galiotes à bombes, de grosses chaloupes, etc.

Le 27, les Anglais s’emparent du Fort de la Conchée, encore inachevé. Par la suite, ils débarquent sur l'île de Cézembre sur laquelle il ne restait, dans le monastère, qu’un Père et deux Frères Récollets, les autres s'étant réfugiés à Saint-Servan.

Le 28 au matin, le corsaire malouin "Le Maupertuis", paraît à la pointe du Cap Fréhel avec une prise Hollandaise "L'Isabelle", de 300 tonneaux et 21 canons. L'escadre Anglaise tente, en arborant le pavillon blanc, d'arraisonner le malouin qui parvient à s'échapper. Vers 6 heures, commence un bombardement inoffensif pour la cité.

Le 29, à la nuit tombée, les Anglais lancent un grand navire de 400 tonneaux, à trois ponts, plein de bombes, de pots à feu, de poudre, de poix, de paille hachée et de toutes sortes d’artifices, lequel devait s’aller cramponner au mur de la ville, près du château, et renverser, incendier par son explosion toute la cité.

Ce navire arriva sans obstacle jusqu’à cinquante pas de la muraille; nul n’essaya de l’arrêter, nul ne le vit. Une minute encore, il touchait à son but et Saint-Malo à sa ruine. Mais il heurta un écueil, s’ouvrit par le fond; le feu mis avec précipitation produisit une explosion épouvantable, les maisons en furent secouées deux lieues à la ronde, tout le ciel pendant quelques minutes flamba comme une monstrueuse fournaise; sur la ville tomba une pluie de projectiles.

Puis, quand ce fracas fut passé, les Malouins reconnurent que toutes leurs vitres étaient en miettes et leurs ardoises envolées, mais pas un mur renversé, pas un homme tué, pour toutes victimes un chat et deux chiens, plus les Anglais au nombre de cinq ou six montés sur la Machine infernale, et dont la chaloupe avait sombrée sous les montagnes d’eau soulevées par l’explosion.

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