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L'île de Cézembre

L'île de Cézembre dont la superficie est d'environ 18 hectares s'allonge sur l'horizon de la baie de Saint-Malo à une Latitude (DMS) * : de 48° 40' 60 Nord et une Longitude (DMS) * : de 2° 4' 60 Ouest, et se situe près le phare du Grand Jardin à environ 4 Kms à l'Ouest au large de la vieille cité. Celui-ci éclaire une des entrées de la rade et dresse, auprès de l' île, sa jolie tour grise surmontée d'une tourelle rouge, tandis que la Conchée, plus au Nord, arrondit son rocher puissant, surmonté d'un Fort depuis longtemps déclassé. Cézembre, est longue d'environ 750 mètres et avoisine les 250 mètres en largeur. Elle présente du côté de Saint-Malo, une agréable plage de sable fin; mais vers le large, elle oppose aux flots une barrière de granit, sur laquelle, par gros temps, se pulvérisent les embruns. Son point culminant avoisine les 38 mètres.

Jadis, l'île de Cézembre n'était qu'un petit mont relié à Saint-Malo par des terres basses formant des prairies qui furent, à partir de 1438, entièrement recouvertes par la mer et une légende prétend que vécu ici, un ermite en compagnie de deux corbeaux. De l'an 700 à 1100 environ, un affaissement progressif du sol modifia l'ensemble des régions qui avoisine Saint-Malo. C'est ainsi que fut creusée la baie du Mont Saint-Michel et le lit de la Rance. Le cours de la Rance allait se jeter dans la mer à l’extrémité de la passe des Portes peu après où se trouve aujourd'hui le phare du Jardin et dans l'alignement de la partie Nord de l'île de Cézembre ainsi que les massifs des Conchées qui était également reliés à Saint-Malo par les mêmes prairies, de sorte que le chenal qu’empreinte maintenant les navires pour entrer dans la port de Saint-Malo est en fait l'ancien lit de la Rance qui se jetait aussi à la pointe du Décollé, ce qui mettait Harbour pratiquement au centre d'une bande de terre et îlot, de forme quasi triangulaire, qui s'étendait depuis l'actuel rocher surmontée de la vierge de Bizeux jusqu'à la pointe du Décollé et la passe des Portes.

Sur l'île de Cézembre fut édifiée une chapelle dédiée à saint Brandan construite en 1420 par Raoul Boisserel prêtre à Saint-Malo. L'île a successivement été habitée par des ermites et en 1468, par une colonie de Cordeliers de l'Observance qui en 1469 eurent l'autorisation de l'évêque Jean l'Espervier d'y construire un monastère qui sera visité le 4 octobre 1518 par François 1er. Après des tensions entre les religieux de l'île et ceux du chapitre, le pape Léon X décide de les séparer en deux ordres et crée ainsi l'ordre des Capucins. En 1523 les Cordeliers quittent Cézembre et en 1525, les Capucins aidés par l'évêque Guillaume Briçonnet construisent un monastère de dimensions importantes au centre de l'île dont l'église qui fait face à Saint-Malo mesure vingt toises (environ 40 mètres). Les jardins sont situés à l'Est et le cloître qui mesure seize toises est placé de côté derrière l'église. Des bâtiments d'habitation sont également construits ainsi que des jardins.

L’île de Cézembre était depuis longtemps convoitée par les Anglais qui le 2 mai 1544 font une attaque de l'île, pillent les religieux et tentent d'emporter tous ce qui peut l'être avant que les Malouins, alertés, ne viennent avec le gouverneur de Saint-Malo, M. de Bouillé, au secours des religieux repousser les pillards. Plus tard, lors d'une visite à Saint-Malo, le roi Charles IX accompagné de le reine Catherine de Médicis, sa mère, s'y seraient rendus afin d'y passer la nuit du jeudi 16 mai 1570, jour de la procession de la fête Dieu. Le 15 septembre 1572, le frère Thomas Ridart, gardien du couvent de Cézembre, sollicite de la part des Malouins et compte tenu des menaces Anglaise, que l'île soit dotée de deux pièces d'artillerie en fer, appelées passe-volant, avec un demi cent de poudre, et un demi cent de boulets. La défense de Saint-Malo devenait indispensable et l'île de Cézembre, en tant qu'avant poste, était pourvue, le 7 mai 1591, d'une garnison de vingt soldats en prévision d'une attaque des Anglais. Le couvent de Cézembre était toujours un lieu de visite prisé lors du passage à Saint-Malo du frère de Sully, Philippe de Béthune, lieutenant général du roi Henri IV le 22 juin 1606. De 1612 à 1693 les Cordeliers sont remplacés par les Récollets de Bretagne pour gérer le monastère de l'île. Décision ecclésiastique qui entraînera des conflits avec les religieux Cordeliers qui tentèrent par deux fois en 1617 et 1619 de reprendre par la force leur ancien territoire au Récollets qui étaient soutenus par l'évêque de saint-Malo. L'île de Cézembre comportait aussi, à cette époque, un cimetière où des Malouins fortunés se firent inhumés. L'attaque des Anglais du 26 novembre 1693 sera décisive dans le départ définitif des Récollets qui sont contraints de fuir leur couvent, qui est pillé et profané par l'ennemi, et à se réfugier en Saint-Servan. Plus tard, en 1696, l'île sera fortifiée par Vauban, après une nouvelle attaque des Anglais en 1695.

Depuis, cette date l'île est passée sous le contrôle de l'armée royale qui y installe en 1697 une batterie de 6 canons de 6 livres, des boulets de tous calibres et six cent vingt cinq livre de poudre dirigée par 2 officiers, 50 soldats, 2 canonniers de mer et 80 canonniers de milice.

Au temps des corsaires, Cézembre devint un lazaret et un entrepôt de marchandises suspectes. Dans l'enceinte du vieux couvent des Cordeliers, dont les bâtiments tombaient en ruines, la marine fit construire des hangars, des baraquements et le bureau de santé les aménagea, tant bien que mal, pour recevoir des malades; les prescriptions étaient sévères; de tout bateau "suspect de contagion" étaient débarqués les poudres, les artifices et les gargousses; on les réunissait dans l'antique chapelle consacrée à Saint-Brandan; les marchandises étaient, autant que faire se pouvait, déchargées des navires; c'est ainsi qu'en janvier 1721, les riches cargaisons de trois bâtiments, le Suzanne, le Louis Charles et le Jean l' Aumônier, furent débarquées à Cézembre: Elles étaient surtout composées d' étoffes précieuses et de tapis de laine molles " plus particulièrement actives à propager le fléau ". Elles furent brûlées. Les navires, vidés et "perfumés" c'est-à-dire désinfectés, ont, ensuite, été conduits dans le port de Saint-Malo, ou on les immergea près du bastion de l' Eperon, pendant plusieurs marées afin d'être bien purifiés.

Dès 1756, fut mit en état le mur crénelé de l'enceinte de l'île ainsi que les plateformes des deux batteries et construit un bâtiment servant de corps de garde, un hangar, un magasin à poudre et les genouillères des deux nouvelles batteries. Ainsi au 1er janvier 1758, l'artillerie de l'île comprenait 2 canons de 18 livres et 4 canons de 6 livres et était dirigée par 2 lieutenants de marine, 3 canonniers entretenus par la marine et 20 hommes canonniers et matelots.

Un procès verbal daté du 31 octobre 1832 et approuvé par le ministre de la guerre le 24 novembre suivant, précisait que le corps de garde de l'île de Cézembre était remis à titre de prêt à l'administration des douanes afin d'y établir un poste de préposés. En 1870 des gardes mobiles Bretons y étaient logés afin de s'initier au tir au canon.

En 1899, le corps de garde était en ruines et fut entièrement démoli par un entrepreneur qui y fit travailler une centaine d'hommes logés dans une baraque de chantier en bois construite pour cette occasion.

Lorsque l'armée Allemande occupa, en 1914, la Belgique, de nombreux soldats belges furent envoyés sur l'île de Cézembre dans un camp disciplinaire placé sous l'autorité du chef d'escadron Hollart.

Dès juillet 1942 l'île est puissamment fortifiée par l'armée Allemande. Ainsi, 6 canons de 194 mm, d'une portée de 15 Kms, sont installés, un canon de 150 mm, 6 canons de 75 mm, 1 canon de 40 mm, 1 canon de 20 mm et des poste de DCA de 20 mm (canons antiaériens). Cette artillerie lourde, dont le commandant en chef était basé à Jersey, était dirigée, sur l’île, par le lieutenant Richard Seuss qui avait sous ses ordres environ 400 soldats d’origine principalement Allemande mais aussi Russe, Italienne et Polonaise.

Durant tout le mois d'août 1944 les troupes Allemandes de l'île de Cézembre résistèrent aux assauts des troupes alliées et ne se soumirent que le vendredi 1er septembre, dans la matinée, après avoir subit un bombardement par des avions P.38 qui larguèrent le jeudi 31 août entre 12 heures 50 et 13 heures 40 environ deux mille quatre cent bombes dont des bombes explosives et au napalm qui furent déchargées par ces bombardiers lourds. Au total, entre le 28 Août et le 1er Septembre, ce sont environ 19.729 bombes qui furent larguées afin d'obtenir la reddition de l'armée Allemande. Ainsi, quelques 2000 cratères, d'environ 6 mètres de diamètre, furent creusés sur la presque totalité de la superficie de l'île.

L'île est inscrite à l'inventaire des sites classés depuis le 5 novembre 1945. Il faudra attendre près de dix années pour que disparaissent les traces de phosphore et 1967 pour que la cale d'accostage soit réparée avant d'être totalement réaménagée en 1974. Mais l'île était toujours sous l'autorité de la Marine Nationale et un décret du 4 mars 1976 le rappelait en précisant que Cézembre était un terrain militaire affecté à la dite Marine. Après des campagnes de déminage, notamment en 1981, un arrêté du préfet maritime du 9 juin 1989 réglemente l'accès à l'île. L'arrêté N° 2006/31 du 16 juin 2006 précise qu'une opération de neutralisation d’engins explosifs situés sur l’estran de la plage sud de l’île de Cézembre, se déroula à partir du lundi 19 juin suivant sous la conduite du groupement des plongeurs démineurs de la Marine de Brest. Durant les mois de mars à mai 2008 une autre opération de nettoyage fut organisée par la Marine Nationale qui, outre les déminages, répertoria près de 300 objets divers.

Aujourd'hui, des navettes de bateaux partant depuis la cale de Dinan à Saint-Malo, assurent le passage des touristes qui vont passer la journée sur la magnifique plage de sable fin située plein Sud. Mais, sa partie Nord, où les nombreux cratères formés par les bombardements sont le domaine des goélands, des pingouins torda et des guillemots, est classée en zone rouge. A ce jour, ces lieux sont encore interdits au public. Seule une parcelle de l'île surplombant la plage, où se trouve un bar-restaurant "Le repaire des corsaires" est ouverte aux touristes.

Cette petite île est, comme il est précisé plus avant, un terrain militaire. Aussi, elle deviendra, probablement en 2014, la propriété du Conservatoire du Littoral qui, grâce à une convention cadre avec le Ministère de la Défense, pourra effectuer une dépollution partielle du site afin d'y créer un parcours, d'environ 500 mètres, sécurisé et aménagé pour les touristes.

Celui-ci permettra de découvrir et mieux comprendre les événements qui s'y sont déroulés lors de la guerre 1939/1945. En effet, il sera alors possible de voir une ancienne batterie de canons allemands, un blockhaus et de découvrir le magnifique panorama du plateau du Grand Jardin et le large.

* DMS= Degrés, Minutes, Secondes.

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