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Les Grands Voiliers en escale à Saint-Malo

BELEM

Ce trois-mâts barque à coque acier noire fut commandé par Fernand Crouan armateur à Nantes le 23 décembre 1895 à Adolphe Dubigeon, directeur des chantiers navals Denis Crouan Fils situés à Chantenay-sur-Loire afin de servir au transport de 650 tonnes de marchandises diverses, notamment du cacao pour le célèbre chocolatier Menier entre Nantes, les Antilles et l'Amérique du Sud.

Son nom, Belem, est issu de Belém do Pará, port du Brésil à l'embouchure de l'Amazone où la famille Crouan avait fondé au début du XIXème siècle un comptoir commercial. Il fut construit en moins de 6 mois puis, lancé le 10 juin 1896, ensuite mâté et terminé le 3 juillet suivant, et enfin francisé le 20 juillet. Il portait, alors, un équipage de 13 hommes et battait le pavillon rouge à étoile blanche de la maison Crouan. Sur sa proue, était inscrit ORDEM E PROGRESSO qui est la devise nationale du Brésil.

Il appareilla de Saint-Nazaire pour sa première campagne le 31 juillet 1896 en direction de Montevideo puis, celle-ci sera suivies de 32 autres effectuées jusqu'en 1914 dont plusieurs furent périlleuses et destructrices comme au Brésil, dans la nuit du 16 novembre 1896 le trois-mâts est mouillé sur le Rio Pará quant survint un violent incendie à bord du navire et dans lequel 115 mules furent asphyxiées ou brûlées vives. Mais encore, l'éruption de la Montagne Pelée qui, le matin du jeudi 08 mai, jour de l'Ascension, dévasta en peu de temps le port de Saint-Pierre à la Martinique. La veille, par manque de place dans le port, le Belem avait dû être ancré dans une autre baie voisine, échappant ainsi avec son équipage à la destruction totale de la ville enfouie sous une nuée ardente avec ses 30. 000 habitants et tous les navires de la rade. Durant cette période de 18 années, et après avoir navigué pour l’armateur Crouan, le navire passa sous le pavillon de l'armement Demange pour terminer sous celui des Armateurs Coloniaux.

Peu avant la guerre, en mars 1914, le Belem quittait la France car vendu à Hugh Richard Arthur Grosvenor Duc de Westminster prenant ainsi le pavillon britannique. Son nouveau propriétaire le fit transformer en yacht de plaisance luxueux. Des travaux d'aménagement importants furent réalisés aussi, furent installés deux hélices et deux moteurs suédois Bolinder, les bas mâts en bois furent remplacés par des mâts en acier, la dunette fut surélevée, des cabines en acajou de Cuba furent aménagées, l'ancienne cale à marchandises fut séparée en deux par un faux pont dans lequel d'autres cabines furent installées, le poste d'équipage fut, quant à lui, placé sous le gaillard d'avant et, au pied du grand mât fut construit un salon. Mais aussi, le pont arrière fut entouré d’une balustrade à colonnettes blanches qui lui donne encore aujourd’hui un style victorien. Ainsi modifié, le navire pouvait accueillir environ 40 personnes, équipage compris.

En 1921, Sir Arthur Ernest Guinness, richissime brasseur anglo-irlandais, racheta au Duc de Westminster le Belem qui fut rebaptisé Fantôme II dans lequel il aménagea, dans le petit roof, son bureau qui, aujourd'hui, est le carré des officiers. Ceci lui permit de mars 1923 à mars 1924 d’effectuer le tour du monde en passant par le canal de Panama et revenant par celui de Suez évitant le terrible tremblement de terre qui détruisit le port de Yokohama. Puis, en 1925 il navigua dans les eaux glacées du Spitzberg dans le nord arctique. En 1938, le navire était dans le port de Montréal où son propriétaire fêtait le couronnement du roi Georges VI. En 1939, Fantôme II fut désarmé à l'Ile de Wight, dans la rade de Cowes où, il y resta 12 ans. Entre-temps, il abrita un moment le quartier général des Forces Françaises Libres, section des vedettes rapides puis fut bombardé ce qui détruisit ses vergues et ses voiles le laissant alors, à l’abandon.

Alors, en 1951, le Comte Vittorio Cini riche sénateur italien, qui cherchait un navire pour servir de bateau école acheta Fantôme II aux héritiers Guiness pour la Fondation qu'il avait créé, sur l'île de San Giorgio Maggiore, dans la lagune vénitienne, en souvenir de son fils, Giorgio, mort dans un accident d'avion. Là encore, il subit d'importantes modifications afin de naviguer en Méditerranée de Malte à Marseille et fut donc gréé en barquentin perdant ainsi ses vergues de grand mât pour pouvoir accueillir une soixantaine de jeunes apprentis marins, les « marinaretti » et fut, une nouvelle fois, rebaptisé sous le nom de Giorgio Cini. L’île fut transformée en vaste centre culturel maritime où, près de 600 orphelins de marins et de pêcheurs furent accueillis afin d’être initiés aux métiers de la mer.

En 1965, le navire fut déclaré trop âgé et dangereux pour continuer à naviguer et fut mis à quai à l’île de San Giorgio Maggiore où, il servit quelque temps de pensionnat aux « marinaretti » avant d'être vendu au corps des Carabiniers pour une lire symbolique. Les Carabiniers entreprirent la restauration du bâtiment puis renoncèrent par manque de moyens financiers. Alors, en 1976, ils le donnèrent aux chantiers navals de Venise qui reprirent les travaux en redonnant au navire ses gréements de trois-mâts barque et en installant de nouveaux moteurs Fiat afin de pouvoir remettre le navire en vente.

Au début des années 1970 le docteur français Luc Gosse, passionné de vieux gréements allait découvrir lors d’un séjour à Venise que le Giorgio Cini était en fait l’ancien Belem. Aussi, après son retour en France il alerta les autorités Françaises de la présence en Italie d’un ancien voilier issu d'un chantier nantais. Puis, en 1977, les chantiers Vénitiens mirent le navire en vente. Dès lors, soutenu par l'A.S.C.A.N.F (Association pour la Sauvegarde et la Conservation des Anciens Navires Français), le Docteur Luc Gosse parvint à convaincre Jérôme Pichard, Délégué général de l'Union Nationale des Caisses d'Epargne de France, à s'intéresser au projet de retour du navire en France.

En janvier 1979, les Caisses d'Epargne achetèrent le navire aux chantiers Vénitiens et le 15 août suivant, à la limite des eaux territoriales italiennes, le Belem qui avait repris son nom fut remis à la Marine Nationale française qui le remorqua jusqu’à Toulon étape avant de rejoindre Brest. Ensuite, en 1980, les Caisses d'Epargne créaient la Fondation Belem qui, sous la présidence de Jérôme Pichard, reçut la mission d’entretenir le navire et d’assurer la promotion du passé maritime de la France. Le voilier fut alors transformé, à Brest, afin de réponde aux normes exigées pour utiliser le navire en bateau école, non pas pour de futurs marins mais pour des personnes désirant découvrir les modes de navigation et les usages de la marine d'autrefois.

Ensuite, le Belem fut transféré à Paris et amarré au pied de la Tour Eiffel où le navire, devenu musée, accueillit un large public qui s'intéressa au chantier qui dura quatre ans. En 1984 le Belem fut classé Monument Historique et dès 1986 le trois-mâts fit la traversée de l'Atlantique jusqu'à New York pour participer aux fêtes du centenaire de la Statue de la Liberté. Le navire était désormais au point alors, en 1987, débutaient les stages de navigation.

Pour le centenaire du Belem, la Caisse d'Epargne organisa, en 1996, des représentations de théâtre dans 17 ports de France. Après de multiples escales à Saint-Malo il y est revenu durant le mois de septembre 2015 du 04 au 07 et du 11 au 13 avec un équipage sous les ordres du Commandant Jean-Alain Morzadec.

Trois-mâts barque --- Classe : A

Nationalité : France

Longueur : 58 mètres

Port d'attache : Nantes (France)

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